There are no translations available.
Les résultats provisoires de l'élection présidentielle rwandaise donnent une victoire, avec un score stalinien (93% des voix), de Paul Kagamé. Cela est connu et était d'ailleurs prévisible pour les observateurs.
Ce n'est donc pas un évènement. Par contre, la sortie des observateurs du Commonwealth s'inscrit dans le registre événementiel. Dans leur rapport préliminaire, ces observateurs, conduits par l'ancien Premier ministre tanzanien, Salim Ahmed Salim, ont indiqué que les élections se sont certes bien passées en général, mais qu'il n' y a malheureusement pas eu de voix critiques.
En effet, ces observateurs relèvent que "plusieurs partis d'opposition avaient auparavant annoncé leur intention de participer (au scrutin), mais ont dû faire face à un certain nombre de problèmes administratifs ou légaux, qui ont eu pour conséquence leur non-participation.
" Une façon diplomatique de relativiser la bonne tenue de cette élection du moment où le maître de Kigali a pris le soin de museler et d'écarter au préalable l'opposition considérée "radicale". En effet, les trois autres candidats qui se sont présentés contre lui sont considérés juste comme des "accompagnateurs" devant lui permettre de légitimer un tant soit peu sa réélection.
Le fait que ces candidats aient soutenu Kagamé lors de la précédente élection présidentielle et que deux d'entre eux aient même été dans le gouvernement qu'il avait mis en place donne de l'eau au moulin de ceux qui pensent que ce ne sont pas des voix vraiment critiques et des critiques vraiment crédibles.
Les observateurs du Commonwealth ont ainsi le mérite de soulever quelque chose d'essentiel dans une élection : la qualité d'un scrutin ne saurait se limiter au jour de l'élection seulement quand bien même on est d'avis que ce jour est crucial.
Tous les préparatifs en amont doivent être entourés de toutes les conditions de transparence, d'équité, de fair-play, bref, de tout ce qui est requis pour un scrutin vraiment démocratique. C'est un processus et tous les maillons ont leur importance.
Les conditions de transparence sont-elles vraiment réunies dans une élection quand on prend le soin d'écarter au préalable, d'une manière ou d'une autre, les concurrents les plus crédibles même si on fait preuve de la transparence la plus éclatante le jour du scrutin ? Une réponse par la négative coule de souche.
Les observateurs du Commonwealth ont donc mis le doigt sur la plaie et M. Kagamé, qui semble avoir horreur de la moindre critique, a dû sans doute ressentir cela comme une claque.
Le Commonwealth a produit ce rapport critique au moment où les missions d'observation de l'Union africaine et de la Conférence internationale des Grands lacs se contentent de dire que tout s'est passé dans le calme et la transparence.
Cette organisation fait là, acte de courage et de pragmatisme, ce trait de comportement qui a toujours caractérisé plus ou moins l'esprit anglo-saxon, l'a toujours différenciée de la francophonie et fait le lit de la grandeur des Etats qui s'inscrivent dans sa logique.
De toute façon, le passé douloureux du peuple rwandais témoigne du caractère explosif de l'intolérance, des extrémismes de toutes sortes et de tout bord et de l'absence d'un dialogue inclusif, libre et transparent dans un Etat .
Croisons fort les doigts pour que le maître de Kigali mesure à sa juste portée l'extrême dangerosité de ces exclusions et autres brimades inutiles dont l'opposition et les médias sont régulièrement l'objet.
Copyright © 2010 Le Pays. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com).
AllAfrica - All the Time