Augustin Katumbe Mwanke le Richelieu du Congo
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- Publicado el Martes, 14 Febrero 2012 17:19
Petit, mince, le regard sérieux, Augustin Katumba Mwanke, député de Pweto, Katanga, ne ressemblait pas à l'homme le plus puissant du Congo. D'ailleurs, il ne fréquentait pas les ambassades et boudait les réceptions. Ce bûcheur, qui avait établi ses bureaux dans la « concession Eternit » à Kinshasa, préférait les dossiers et les contacts discrets. Cependant c'est chez lui que défilaient tous ceux qui souhaitaient une promotion, proposaient un contrat, suggéraient des arangements politiques. C'est lui qui communiquait les grâces et les disgrâces de la « cour » présidentielle, c'est lui qui, avec Evariste Boshab, président de l'Assemblée nationale, élaborait les grandes lignes politiques de la majorité.
Cet homme qui tissait sa toile dans l'ombre était unanimement détesté par les Occidentaux. Réclamant sa tête, en vain, ils lui reprochaient les dessous de table, les contrats opaques avec des sociétés basées aux Ïles Vierges et autres paradis fiscaux, et surtout les accords économiques avec les pays émergents. Il était de notoriété publique que Katumba, qui avait commencé sa carrière dans une banque en Afrique du Sud, tournait le dos à la vieille Europe. Il lui préférait les Chinois qui l'aidaient à reconstruire le pays, les Brésiliens, les Sud Coréens sans oublier les Sud Africains, toujours prêts à considérer le Congo comme leur nouvelle frontière. Invisible, mais censé ne jamais être loin du chef de l'Etat, il avait établi le contact avec le jeune président alors que, du temps de Laurent Désiré Kabila, il était gouverneur du Katanga. Après la cuisante défaite de Pweto face aux Rwandais, en 2000, c'est Katumba qui avait accueilli Joseph Kabila, alors commandant de l'armée de terre et que son père voulait sanctionner. Son emprise sur le « Raïs », nom swahili du président, était elle due à la reconnaissance, à la force de travail, à une vieille complicité ? Même ceux qui n'aimaient pas cet homme de l'ombre reconnaissent que sa disparition prive le président d'un redoutable stratège.
Une erreur humaine à l'origine du crash de Bukavu
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Bukavu,
Des neuf rescapés du crash de l'avion Katanga Express, qui s'est brisé en trois dans un ravin de vingt mètres au-delà de la piste de Kavumu (Bukavu) le gouverneur du Sud Kivu, Marcellin Cishambo, est le seul à pouvoir encore s'exprimer. Autour de lui, dans la petite salle des urgences de l'hôpital général de Bukavu, les autres blessés, la tête ceinte de bandages, semblent beaucoup plus mal en point, inconscients, les yeux fermés. Il y a là, entre autres, le Ministre des Finances, Matata Mponyo, Antoine Ghonda, le conseiller diplomatique du chef de l'Etat, Barthelemy Bisengimana, fils de l'ancien directeur de cabinet du président Mobutu. Cet homme d'affaires local devait accompagner la délégation de onze personnes qui, au départ de Bukavu, se préparait à se rendre en bateau sur l'île d'Idjui où la famille Bisengimana, lors de la zaïrianisation, avait hérité d'une spectaculaire propriété, construite naguère par le prince de Ligne.
Sous perfusion, adossé à son oreiller, Marcellin Cishambo a les deux genoux plâtrés et souffre de fractures tibiales qui demanderont au moins trois mois d'immobilisation. Lorsqu'il nous relate l'accident, il ignore encore qu'Augustin Katumba Mwanke, le plus puissant des conseillers du président, est mort sur le coup, le crâne brisé. La dernière image que Cishambo a gardé, c'est que le député katangais, assis derrière lui, a fait un vol plané jusqu'à l'avant de l'appareil, n'ayant vraisemblablement pas attaché sa ceinture de sécurité. «Lorsque j'ai vu que le jet entamait l'atterrissage beaucoup trop tard, dit Cishambo, « et qu'il allait sortir de la piste, j'ai crié « attachez vous » et je me suis préparé au choc. Effectivement, l'appareil a plongé dans un ravin. Comme le plein de carburant venait d'être fait à Goma, j'ai eu peur de finir dans un avion en flammes, mais Dieu n'a pas voulu de moi... »
Rassemblés par petits groupes dans l'entrée de l'hôpital chichement éclairé, les témoins sont encore sous le choc. Le vice gouverneur du Sud Kivu, Jean-Claude Kibala, se souvient : « alors que nous attendions dans le salon d'honneur, nous avons vu que l'avion, en face de nous, ne s'était pas encore posé. Nous avons hurlé « remontez », mais le crash était inévitable. Les pilotes, deux Sud Africains, engagés par le gouverneur du Katanga Moïse Katumbi, ne connaissaient pas cette piste où ils se posaient pour la première fois. Ils sont morts tous les deux. Depuis Lubumbashi, Moïse Katumbi, qui avait prêté son appareil personnel pour cette mission, a voulu se précipiter à Bukavu, mais nous le lui avons interdit, de nuit on ne peut pas se poser ici... »
« Sur le petit aéroport de Kavumu, la scène était dantesque », raconte Jean-Pierre Ndusha, un collaborateur du gouverneur « il a fallu découper à la scie l'avant de l'avion pour extraire les corps des pilotes. L'un était mort, l'autre a succombé peu après. Et pour extraire les passagers, nous avons du briser les hublots avec des pierres, jusqu'à ce que la Monusco arrive avec des scies électriques et de haches... »
Accablés, tous les témoins concluent que cet accident est du à une erreur humaine, les pilotes ayant mal pris la mesure de la courte piste de Kavumu, coincée entre le lac et les collines. Dès qu'ils pourront être transportés, les blessés devraient être amenés en Afrique du Sud. A part le projet de déplacement sur l'île d'Idjui, nul n'a pu nous dire la raison qui avait amené plusieurs personnalités de premier plan à se déplacer en voyage privé à Bukavu à la veille de l'installation de l'Assemblée nationale le 16 février et alors que la crise politique est loin d'être terminée.
Blog Colette Breakman

